La couverture des médicaments onéreux n’est pas la bonne façon d’aborder l’assurance-médicaments

Tous les Canadiens et les Canadiennes devraient avoir accès aux médicaments dont ils ont besoin pour vivre en santé. Or, pour plusieurs, le coût élevé des médicaments représente un véritable fardeau financier. En fait, le régime national d’assurance-médicaments devrait être une réalité canadienne depuis longtemps. Actuellement, un éventail de programmes offre la couverture des médicaments aux Canadiennes et aux Canadiens mais cette couverture dépend du lieu de résidence ou de travail, de l’âge ou du type de maladie dont la personne est atteinte. Cette approche inéquitable ne permet aucun contrôle du prix des médicaments et contribue peu à ce que les patients reçoivent les médicaments appropriés ne présentant aucun risque.

Malheureusement, bien que le problème avec le système actuel soit bien connu, la solution généralement abordée par les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux n’est tout simplement pas la bonne. Habituellement appelée « couverture des médicaments onéreux », cette approche privilégiée consiste à assumer seulement le coût des médicaments qui sont un fardeau majeur pour la personne, par exemple rembourser les coûts en médicaments qui atteignent 3 pour cent ou plus du revenu familial. Si ce scénario devient une norme nationale, l’assurance-médicaments ne serait qu’un filet de sécurité minimal. Cette solution serait probablement accueillie favorablement par les Canadiennes et les Canadiens qui ne sont couverts par aucune assurance mais si l’on se concentre seulement sur la couverture des médicaments onéreux, nous étouffons toute discussion au sujet de régimes d’assurance-médicaments
plus efficaces, plus équitables et présentant moins de risques. La population canadienne doit effectivement avoir une couverture lorsqu’une maladie grave s’accompagne d’énormes factures mais cela ne suffit pas.

La couverture des médicaments onéreux s’accompagne de franchises élevées que doivent payer les patients déjà aux prises avec une maladie grave dont le traitement requiert des médicaments coûteux. Dans le cadre d’un régime couvrant les médicaments onéreux, les Canadiennes et les Canadiens qui n’ont pas d’autre régime d’assurance-médicaments, paieraient de leur poche toutes les ordonnances jusqu’à ce qu’ils atteignent le montant de la franchise. Les gens pourraient alors être forcés de prendre des décisions difficiles à savoir s’ils doivent payer le loyer ou les médicaments pour leurs enfants.

Ce concept est particulièrement difficile pour les personnes souffrant de maladie chroniques, dont le diabète, l’asthme et la maladie cardiaque, maladies à la hausse au Canada. Plusieurs personnes présentent plus d’une maladie chronique et leur survie dépend d’un mélange complexe de médicaments. Dans le cadre d’un régime couvrant les médicaments onéreux, les malades chroniques – dont plusieurs sont des personnes âgées recevant des prestations de retraite ou des personnes à faible revenu car elles sont trop malades pour travailler – auraient à payer le coût élevé de la même franchise à chaque année. En raison du vieillissement de la population et de l’amélioration des technologies médicales, de plus en plus de personnes échappent à la crise cardiaque ou à l’accident vasculaire cérébral et, par conséquent, de plus en plus de Canadiennes et de Canadiens auront besoin, à long terme, de médicaments onéreux.
Ces franchises sont presque une taxe imposée aux gens parce qu’ils sont malades.

La couverture des médicaments onéreux ne permet pas la mise en place d’une assurance-médicaments s’inscrivant dans le cadre d’un système central administré par le gouvernement. Certaines couvertures des médicaments onéreux seraient offertes parmi les avantages sociaux des employés et d’autres seraient financées par le gouvernement. Or, lorsque les régimes d’assurances privés et publics travaillent en parallèle, les coûts administratifs sont plus élevés car le travail se fait en double pour un plus petit bassin de clients.

La couverture des médicaments onéreux n’encourage pas le contrôle des prix des médicaments et diminue les occasions de l’exercer. Ces régimes réduisent les dépenses des compagnies privées d’assurance-médicaments et elles sont alors moins portées à gérer les dépenses. Cela s’applique aussi au gouvernement.

Lorsqu’un gouvernement finance l’assurance-médicaments au complet, il peut contrôler les prix des médicaments en négociant de meilleurs prix auprès de fournisseurs qui ont besoin de clients. Lorsque le gouvernement n’assume que le coût des médicaments onéreux, son pouvoir de négociation est diminué. Par conséquent, lorsque les budgets sont limités, le gouvernement pourrait économiser en changeant sa définition de « médicaments onéreux » et refiler l’augmentation des coûts aux patients ou au payeur privé.

Bref, la couverture des médicaments onéreux sera insuffisante pour améliorer l’accès aux médicaments et contrôler les prix. Se contenter de ce filet de sécurité défectueux réduirait les chances de mettre en place un régime d’assurance-médicaments complet et efficace.

pdf_icon_largeLa couverture des médicaments onéreux  [99 kb]


Pour en savoir davantage, lisez le rapport intégral :
En obtenir plus à meilleur compte : Stratégie nationale sur l’assurance-médicaments [312 kb]

 
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